Rencontre d'exception !


Nous avions décidé avec Claude de prendre un bus en quittant Honningsvåg pour éviter deux longs tunnels de 4 et 7 km. Le deuxième porte le triste nom: "l'enfer des cyclistes". 200 mètres sous la mer, une remontée à la surface frôlant les 10%. Si j'étais tenté par l'aventure, je me suis rangé à la décision de Claude. On voyage à deux.

Un  bus nous dépose à Skaidi, on évite ainsi 120 km. Très détendus car nous venons de passer le Cap Nord, nous entamons notre retour vers le sud. Le territoire des Samis est devant nous.



On a calé difficilement un premier camp au bord d'une rivière, où les pêcheurs se donnent rendez-vous. Des toilettes, un point d'eau et une table. Parfait.

Il pleut une bonne partie de la nuit. Au petit matin, le vent se lève, on prend le temps de la sécher.

Le temps est beau et nous partons pour une étape qui sur le papier est normale.

Mais...

Le vent se lève rapidement et vraiment très fort. Claude regarde sur son portable: 25 km heure avec des rafales à 40. On lutte  péniblement , on fait le dos rond mais une chose est sûre: on n'avance pas.

Des montées à 4% où on a l'impression de monter un mur, des descentes sans aucune vitesse et surtout une dangerosité importante. On guidonne, on vacille, on met pied à terre, on pousse...

Le moment du picnic est propice pour  un moment de répit mais on commence à se poser de réelles questions sur les kilomètres à venir.

La suite ne fera qu'empirer au point d'avoir vraiment l'idée de jeter les vélos.

L'équation est simple. Pas de repli possible et la certitude de ne pas atteindre notre camping.





Nous traversons le territoire Sami: des paysages à couper le souffle mais de très  rares maisons. Claude souffre, je souffre aussi, au point que je finis par aviser  une maison au loin avec une voiture devant.

J'y monte, je tente ma chance ( j'ai un peu de savoir-faire depuis que l'on voyage).

Une femme de 60 ans environ ouvre sa porte et après m'avoir écouté, questionne d'abord: où est ma femme ?  Puis va demander à son mari...

Je demande la possibilité de planter la tente à l'abri derrière leur maison et  de l'eau.

Son mari, après évaluation de notre équipement accepte et nous montre où planter le camp.  Puis vient un long moment d'attente. Il est 16 heures.

Le voyant bricoler, je lui propose de l'aide. Il décline gentiment mais me dit que si on attend quelques heures on pourra prendre une douche chaude. En fait il est en train de restaurer son sauna, petite cabane à l'extérieur de la maison. Dans ses allées et venues, entre son atelier et la cabane, il vient voir notre camp, notre matériel, nous pose multes questions sur nos métiers, nos enfants, notre voyage. On discute donc librement dans notre anglais respectif.

Deux heures passent, Claude se repose. Nils est Sami, éleveur de rennes de génération en génération. Il a 62 ans, 3000 bêtes. Il nous présente son papa qui  a 90 ans éleveur également ...




...et finit par nous proposer de dîner avec eux en nous demandant si on a déjà mangé du renne.

Une douche chaude, un repas simple mais d'une saveur étonnante, une bonne bière, une soirée pleine d'échanges, d'émotions de partage sur nos vies respectives. 




Je lui installerai Wathapp,  échangerons nos adresses...on reviendra peut-être chez eux à Masi, leur vraie  maison pour voir les aurores boréales en hiver. En partant, on leur achètera du renne séché.


Voilà, le voyage c'est  ça !! 

D'une journée compliquée à une découverte d'un "Home" Sami.