Red, funny.

 Rouge funny,

Depuis que l'on fait du cyclo avec Claude, on sait qu'il y a parfois des moments aigus. Cela est dû soit à la fatigue, soit à la météo, soit à une perte du chemin....

Bref je vous épargnerai le récit  de notre traversée épique du Guadalquivir en Espagne avec la marée montante, la nuit et plus d'eau,  notre traversée des Carpates avec le gros coup de chaud de Claude, notre traversée entre les deux rives de Grand canyon et un camp sauvage en réserve indienne ou encore notre bivouac délirant en face des Trump Tower à Miami...la liste est longue. A chaque fois on retrouve le même scénario: impossibilité de prévoir l'instant.

Nous partons donc ce mardi  3 juin pour 3 jours de vélo en direction de Lillehammer.

Sortir d'une grande ville comme Oslo à  vélo est toujours intéressant: on quitte le premier cercle, celui  du  "downtown" pour passer le 2eme cercle avec son lot de cottages et villas cosy . Puis on franchit le 3eme cercle moins glamour avec un glissement de population et d'habitat. Enfin le  4eme cercle, celui de nos fameuses banlieues marchandes et enfin celui de la croisée des routes, autoroutes pour enfin découvrir les paysages et la nature.On a traversé entre autres Paris, Berlin, Los Angeles, Santiago du Chili, Washington ... toujours à vélo et croyez moi c'est toujours fascinant, passionnant de voir la concentration humaine.

Notre première étape sera donc de 72 km et 800m de dénivelé positif. J'ai calé un coin pour dormir mais il s'avère fermé. Je trouve néanmoins de l'eau et même une prise d'électricité, on plante le camp. 2 h plus tard le propriétaire arrive et nous explique que c'est privé. Palabres, discussion, au final il nous ouvrira même des toilettes. Hospitalité norvégienne. Il nous demande seulement de partir raisonnablement tôt. 




Après un petit repas abrité et une toilette de chat on se couche et la pluie, le vent se déchaînent. Jusqu'au matin point de répit, on pliera la tente trempée mais avec un p'tit D toujours abrité. On part...3 km plus loin en suivant mon tracé, on tombe sur une piste en gravel. Il pleut à seau, Claude tord le nez et avise une piste cyclable. On la suit et petit à petit on se perd. Là commence la l'aventure. Je relance le GPS pour un autre tracé mais on tombe plus loin sur des travaux et on engage avec les ouvriers un échange. En un mot on n'est pas sur un chemin raisonnable, c'est très dur, beaucoup de montées... bref l'un deux me monte dans sa fourgonnette pour m'indiquer le vrai chemin. Un truc de dingue, il m'emmène sur une piste détrempée, pleine d'ornières, une horreur. Bref, je lui explique que c'est impossible avec notre chargement et il me ramène près de Claude. On est prévenu que ça va être costaud. Ça monte,  ça monte et il pleut à mort, on est trempé....jusqu'à une nouvelle piste en gravel. Magnifique, impossible cette fois de l'éviter. Si la pluie redouble, le dénivelé aussi.Au final on fera 900 m de dénivelé et 73 km dont un tiers sur une piste détrempée. Les choses se compliquent car la température descend à 3 degrés. On décide de faire une pause sous les arbres: café chaud ( thermos), mixte de fruits secs, fromage vegan et rondelles de saucisson. Un mouton et son petit, sortis de nul part viennent nous voir. Si le repas nous remonte le moral, remonter sur les vélos confère au très désagréable. On est trempés, j'ai l'onglée, je n'arrive plus à sortir mon Google maps de ma poche et mon gps ruisselant de pluie avec mes lunettes pleines de buée est illisible.On avance en ayant le sentiment de nous enfoncer dans une journée sans fin. On est dans le rouge. Pas une voiture, pas une ligne électrique, que des moutons mais on finit tout de même par croiser un jeune cycliste. Vélo de course avec pneus crantés, en cuissard, légèrement vêtu, casque profilé, écouteurs sur les oreilles... bref un norvégien. Je l'arrête, lui demande mon chemin, il se marre car il n'y en a qu'un mais nous explique que l' asphalte n'est pas loin et Eina à 7 km. Ouf ouf ouf le bout du tunnel. Que nenni. Si on arrive à éviter d'enfourner la roue avant, de ne pas crever ni casser nos chaînes car le matériel souffre, nous on arrive en version glaçon. On cale un terrain de sport, on se change de la tête au pied (si si !) la pluie cesse, le soleil montre le bout de son nez mais notre seule solution est de continuer à pédaler pour essayer de nous réchauffer. Gjøvik n'est plus loin (30 km) et descendant, on continue donc pour essayer de trouver un endroit pour dormir et acheter à manger. Tout va "bienne".

On hésite, hôtel où camping ? Mais arriver dans un hôtel dans notre état... allez le moral est remonté, on a à manger, va pour le camping. J'ai essayé de l'appeler mais je suis tombé sur un répondeur. On refait 4 bornes et là, avant d'attaquer la forte descente pour arriver au bord du lac, Claude me montre que son frein arrière est HS. Va pour pousser à côté du vélo. On arrive donc tout en bas péniblement mais ...rien. Pas une tente, pas de réception, pas de sanitaire. On se fait dépasser par un petit Van et on le suit pour avoir des infos. Charmant norvégien qui nous explique qu'ici c'est un camp naturiste et que l'on peut camper librement. Les toilettes sont sèches mais il n'y a pas d'eau. Horreur... on est presque à sec.

Pas de soucis, il nous fournira en eau: toutes nos gourdes, la vache à eau et une casserole. Trop gentil !! Séchage de tente, énorme soupe pour se  réhydrater, trop crevé pour se laver. Dodo. À 4h du mat je me lèverai pour rendre les hommages à la nature avec un lever de soleil sur le lac: magistral !! 

Au matin nous prendrons notre temps, notamment pour sécher nos affaires et surtout réparer le frein. Alors par une température de 15° on verra des messieurs  en tenue "d'Ève", profiter du soleil. Trop funny !! On n'a pas la même idée de la chaleur...

Pour finir, notre dernière étape vers Lillehammer se terminera sous un crachin et nous poserons nos vélos dans un vrai camping: une cabane, des couettes, une douche chaude et une immense cuisine pour nous tout seul. Le luxe.

On savait que la Norvège serait difficile, maintenant nous voilà prévenus !!